Élu du CSE : une population exposée aux troubles de santé mentale dont personne ne parle
Lorsqu'on évoque la santé mentale au travail, les regards se tournent spontanément vers les salariés, les managers ou les dirigeants.
Mais il existe une population dont on parle très peu.
Les élus du CSE.
Pourtant, à y regarder de plus près, les représentants du personnel cumulent de nombreux facteurs de risque connus pour fragiliser la santé mentale.
Et c'est précisément ce paradoxe qui interpelle :
ceux qui sont chargés d'alerter sur les risques psychosociaux sont eux-mêmes fortement exposés à ces mêmes risques.
Une double journée de travail
La première difficulté est simple.
L'élu du CSE reste avant tout un salarié.
Il doit atteindre ses objectifs professionnels tout en assumant un mandat souvent chronophage.
Dans les groupes de parole que nous animons régulièrement, les élus évoquent :
- des journées morcelées ;
- des réunions qui s'enchaînent ;
- des sollicitations permanentes ;
- une difficulté croissante à concilier métier et mandat.
Certains parlent même d'une impression d'être en permanence à 120 %.
Cette surcharge constitue un premier facteur de fragilisation.
Une exposition quotidienne à la souffrance des autres
Les élus sont souvent les premiers destinataires des difficultés rencontrées par les salariés.
Conflits.
Burn-out.
Situations de harcèlement.
Injustices perçues.
Réorganisations.
Détresse psychologique.
À force d'écouter les difficultés des autres, une forme d'usure peut apparaître.
Les professionnels de santé parlent parfois de fatigue compassionnelle.
Les élus, eux, parlent plus simplement d'épuisement.
Car écouter la souffrance n'est jamais un acte neutre.
Le sentiment de ne pas pouvoir agir
Un autre élément est revenu fréquemment dans nos ateliers :
la frustration.
Les élus sont sollicités parce qu'ils incarnent l'espoir d'une solution.
Pourtant, ils disposent rarement du pouvoir de décision.
Ils écoutent.
Ils remontent.
Ils alertent.
Mais ils ne peuvent pas toujours agir.
Cette situation crée un sentiment d'impuissance particulièrement délétère pour la santé mentale.
L'une des phrases entendues récemment résume parfaitement cette réalité :
« Nous sommes parfois le réceptacle de la détresse des salariés sans avoir les moyens de changer les choses. »
Entre la direction et les salariés
L'élu occupe une position inconfortable.
Pour certains salariés, il n'en fait jamais assez.
Pour certains managers, il en fait toujours trop.
Pris entre des attentes contradictoires, il devient parfois la cible des frustrations des deux camps.
Cette exposition permanente aux tensions relationnelles constitue un facteur de risque largement sous-estimé.
Les conflits de valeurs : le risque invisible
Parmi les six facteurs de risques psychosociaux identifiés par le collège Gollac, les conflits de valeurs occupent une place particulière.
Or ils apparaissent fréquemment chez les élus.
Défendre une décision que l'on ne partage pas totalement.
Accepter un compromis imparfait.
Faire passer l'intérêt collectif avant une conviction personnelle.
Renoncer à certaines batailles.
Ces situations peuvent générer une souffrance éthique profonde.
Avec le temps, elles altèrent le sens donné au mandat.
Quand le mandat devient un facteur de vulnérabilité
Ajoutons à cela :
- les restructurations ;
- les réorganisations permanentes ;
- les incertitudes sur l'avenir ;
- parfois le ralentissement de carrière ;
- le retour compliqué à un poste opérationnel après plusieurs années de mandat.
Le tableau devient préoccupant.
Les six facteurs de risques psychosociaux de Gollac apparaissent alors presque tous réunis.
Une question encore taboue
Dans beaucoup d'entreprises, la santé mentale des élus n'est jamais évoquée.
Comme si le mandat leur conférait une forme d'immunité.
Comme si ceux qui accompagnent les difficultés des autres étaient eux-mêmes protégés.
Or l'expérience de terrain montre exactement l'inverse.
Les élus ne sont pas seulement des acteurs de la prévention.
Ils sont aussi des personnes exposées.
Et parfois fortement exposées.
Former les élus comme les managers au PSSM : une nécessité
C'est dans ce contexte que la formation Premiers Secours en Santé Mentale prend tout son sens.
Non seulement parce qu'elle permet de mieux accompagner un collègue en difficulté.
Mais aussi parce qu'elle aide à reconnaître ses propres signaux d'alerte.
Comprendre les troubles psychiques.
Identifier les facteurs de risque.
Savoir demander de l'aide.
Connaître les ressources disponibles.
Développer une posture protectrice.
Autant de compétences qui deviennent essentielles pour les élus comme pour les managers.
Car la première victime invisible de la souffrance au travail est parfois celle qui passe son temps à écouter celle des autres.
Conclusion
Pendant des années, nous avons considéré les élus du CSE comme des acteurs du dialogue social.
Peut-être est-il temps de les regarder également comme une population à risque.
Non pas pour les fragiliser davantage.
Mais pour enfin leur offrir les moyens de préserver leur propre santé mentale.
Ajouter un commentaire
Commentaires